mercredi 2 juin 2010
L'élégance du hérisson / Le hérisson
Le quatrième de couverture
"Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petit, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.
Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poisson, la vacuité et l'ineptie de l'existence adule. Comment est-ce que je le sais? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai."
Le livre
Les deux protagonistes ne se rencontrent que tard dans le récit.
Les parties de Renée se présentent sous la forme d'une narration durant lesquelles elle décrit ce qui lui arrive directement, avec parfois des passages sur ces réflexions, ses pensées, voire son passé.
Les parties de Paloma se présentent sous la forme de journaux : des "Pensées profondes" ou bien des "Journaux du mouvement du monde".
Renée s'est toujours cachée : elle fait croire à tous les habitant de l'immeuble qu'elle n'est qu'une femme inculte, amorphe et dénuée d'intérêt. Elle prend grand soin de paraître conforme au stéréotype de la concierge, vivant avec son chat obèse et velléitaire, laissant la télévision allumée à l'entrée de sa loge alors qu'elle lit ou regarde des DVDs dans une pièce du fond, arborant de manière permanente (face aux habitants) un œil morne et vide, allant jusqu'à trier son sac de course pour faire croire qu'elle se nourrit de nouilles et de cochonnailles, "victuailles de pauvre", alors qu'au milieu de son cabas à filet se trouvent des mets plus raffinés...
Paloma se cache également, mais au sens propre : elle se terre dans des recoin de l'appartement de ses parents, qui la cherche, avec sa sœur, pendant des heures. Paloma se sent étrangère à sa famille : face à une mère qui pense pouvoir conjurer le sort d'un coup de brumisateur à plantes vertes, un père pensant être un mauvais fils qui sera puni d'avoir mis sa mère en maison de retraite et une sœur tentant d'écarter ses angoisses en se lavant les mains des dizaines de fois par jour, la jeune surdouée estime être devant une épidémie. Elle ne veut pas vieillir dans se monde sans but et mener une vie qui n'a pas de sens.
L'arrivée d'un nouvel habitant dans l'immeuble va chambouler l'ordre établi et les certitudes de nos deux héroïnes.
Le film
Cette "libre adaptation" a en effet dû trouver un moyen de remplacer la narration tout en gardant les précieux renseignements qu'elle apportait au livre, les personnages n'étant pas très prolixes...
L'outil de la vieille caméra de Paloma lui permet de se confier et amène Renée à faire de même.
J'ai beaucoup aimé ce film, les protagonistes, et finalement l'histoire, sont fidèles au roman... à l'exception de Colombe, dont le personnage a été lourdement édulcoré, mais l'adaptation au grand écran demandait des sacrifices... tout comme la disparition du secrétaire de M. Ozu.
Dernier bémol : parfois, je n'ai pas été convaincue par l'interprétation de Josiane Balasko dans le rôle de Renée, certaines répliques sonnent faux. Mais dans l'ensemble, elle a su se glisser dans la peau de cette concierge revêche et casser son image d'ancienne du Splendide...
Le côté artiste de Paloma a été ajouté, mais il apporte une épaisseur supplémentaire au personnage et un peu de poésie au film.
Très bon moment donc.
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