mardi 8 mai 2012

Les Liaisons Dangereuses, Choderlos de Laclos



Le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil sont deux anciens amant restés liés l'un à l'autre par un même appétit pour l'intrigue, la manipulation et le jeu de séduction.
Leurs entreprises se croisent quand le vicomte décide de séduire une proie difficile, la présidente de Tourvel, bigote notoire, et que la marquise de Merteuil cherche à se venger du comte de Gercourt en faisant de sa future femme, Cécile de Volanges, sa pupille libertine.
Le vicomte suit donc la présidente à la campagne, dans le château de sa tante, Mme de Rosemonde, et se montre sous son meilleur jour afin de lui faire douter du bien-fondé de sa mauvaise réputation. En effet, Valmont est un libertin notoire et il est connu qu'il aime à détruire les femmes qui se sont perdues dans ses bras.
Là est la différence majeure avec la marquise qui n'est pas moins libertine mais qui doit rivaliser de perfidie et de malice pour cacher ses véritables pensées et actions. Le nouveau défi de celle-ci est de devenir la confidente de Mlle de Volanges afin d'éduquer la jeune sotte aux affaires du monde et à lui faire croire qu'il est bon pour elle de profiter de son célibat temporaire pour apprendre ce qu'une femme devrait connaître. L'habileté de la marquise de Merteuil passe par la démonstration de la nécessité d'expérimenter et l'évocation du caractère difficile et de l'âge avancé de son futur époux, le tout sans jamais ouvertement pousser Cécile à "fauter", mais toujours en insinuant en la jeune femme le trouble et le doute sur ce qu'il est, d'une part, correct de faire et, d'autre part, bon pour elle.
Comme la marquise excelle dans l'art de passer pour une sainte, elle est très amie avec Mme de Volanges, la mère de Cécile, et n'a aucun mal à se faire introduire dans le cercle de la jeune fille, naïve, tout juste sortie du convent et obtenir ses confidences.
Le plan initial de Mme de Merteuil était de demander à Valmont de séduire la jeune femme, de la déniaiser, puis de l'apprendre à Gercourt une fois le mariage prononcé. Mais le vicomte décline la proposition, ayant à faire pour séduire la présidente qui se montre plus coriace que prévu. La marquise décide donc de profiter d'une inclination naturelle de Cécile pour un de ses professeur, le chevalier Danceny, pour favoriser l'éclosion d'une liaison entre les deux jeunes gens et miser sur le caractère passionné du jeune homme. Or, celui-ci se montre décevant du point de vue de la marquise et ne passe jamais à l'action.
De son côté, le vicomte, après avoir faire grande impression auprès de la présidente, a vu celle-ci se mettre sur la défensive dès que le vicomte a voulu se rapprocher d'elle plus qu'il ne l'aurait dû. Il apprend par la suite que c'est Mme de Volanges, également amie avec la présidente, qui l'a durement mise en garde contre lui et lui a tenu tête quand elle estimait que sa réputation était exagérée. Valmont décide ainsi de se venger de Mme de Volanges en acceptant la mission que lui avait confiée tout d'abord la marquise...

Voici encore un classique que je n'avais jamais lu. Mais, comme on dit, mieux vaut tard que jamais!
C'est un récit captivant, les héros, qui ne sont pas des modèles de vertu, il va sans dire, sont très complexes. La marquise principalement dans ses idées, le vicomte dans ses actes. L'histoire nous est contée sous la forme de correspondances entre les différents protagonistes. Les échanges entre les deux personnages principaux sont délicieux tant ils se jouent des personnes de leur entourage, tels des pions sur un jeu d'échec dont ils seraient les seuls maîtres. Les autres correspondances servent à remplir les trous du récit ou bien à démontrer que les pièges tendus par le vicomte et la marquise ont correctement fonctionné.
Ayant vu Cruel Intention avant de lire le récit originel, j'ai automatiquement donné les visages des acteurs du film aux personnages du roman. Je ne sais pas si cela aurait été mieux autrement, mais cela fonctionnait parfaitement ainsi.
Je suis heureuse d'avoir lu ce célèbre récit épistolaire dont on ne devrait pas faire l'économie de la lecture (il est tout de même long), au-delà du talent de l'auteur pour nous plonger dans ces esprit tortueux et mauvais, rien que pour se rendre compte que les auteurs actuels n'ont pas inventé grand chose... ;-)
On semble nous vendre l'idée selon laquelle les anti-héros et les personnages non-vertueux sont les nouveaux chouchous et que cette attirance vers le(s) vice(s) est récente, mais ce récit, datant du XVIIIe siècle, est la preuve que l'on pouvait déjà rendre de tels personnages attirants. En effet, on s'attache à la marquise de Merteuil qui, en voulant s’extirper de sa condition de femme à cette époque, la condamnant à être soumise à un homme et docile, à vivre dans son ombre, alors qu'elle avait percé le secret de la société dans laquelle elle vivait, décide de profiter de ses valeurs et d'en jouer pour rester libre. Même le vicomte de Valmont, qui fait figure d'enfant gâté par la vie à côté de la marquise, riche, niant tout intérêt à sa réputation désastreuse, séduisant femme après femme, détruisant la vie de chacune d'entre elle de manière de plus en plus spectaculaire, s'en vantant (mais tout autant qu'elle) dans ses correspondances avec la marquise, cet homme lâche et mauvais nous émeut quand il se trouve à son tour perdu.
Évidemment, ces deux personnages sont tellement désabusés, perfides et manipulateurs que l'on voudrait qu'ils se trouvent enfin, tels une comédie romantique pour démons...



mercredi 22 février 2012

Le Songe d'Une Nuit d'Eté, William Shakespeare

L'action commence alors que le mariage de Thésée, le duc d'Athènes, et d'Hippolyte, la reine des Amazones, est prévu pour le lendemain. Hermia, la fille d'Egée, est destinée par ce dernier à Demetrius, qui est fou d'elle, alors qu'elle est éperdument amoureuse de Lysandre qui désire également l'épouser. La meilleure amie d'Hermia, Héléna, est quant à elle sous les charmes de Demetrius qui la repousse ardemment.
Obéron, le roi des fées, est fâché avec sa reine qui lui refuse un jeune enfant né d'une mère morte en couche à laquelle elle était très attachée. Il décide de lui jouer un tour en envoyant son serviteur, le malicieux Puck, chercher une fleur qui a le pouvoir de rendre les gens amoureux...
En parallèle, une troupe d'artisans, peu gracieux et mal instruits, commencent à répéter une pièce de théâtre en vue d'une représentation lors des festivités du mariage.

Tout ce petit monde se retrouve en forêt à la tombée de la nuit, les plans échafaudés échouent et les quiproquos cocasses s'enchainent.

Je le confesse, c'est la première pièce de Sir William Shakespeare que je lis et bien que je savais qu'elles existaient, je ne pensais pas à ses comédies quand je pensais à cet auteur. Et pourtant, Le Songe d'Une Nuit d'Eté est une comédie cocasse, avec des rebondissements rocambolesques, très agréable à lire, avec une part de fantastique qui apporte un certain décalage réjouissant. Les méchants ne sont pas vraiment méchants et au final tout le monde est content.
Une lecture brève mais plaisante.
J'entame une longue série de lectures shakespeariennes je pense...



mardi 21 février 2012

Et Monter Lentement dans un Immense Amour, Katherine Pancol


Angelina rencontre Mann dans l'ascenseur la menant chez le médecin. C'est le coup de foudre. L'homme lui déclame sa passion fulgurante. Elle résiste (elle est fiancée et se marie le lendemain). S'enfuit. Regrette. Revient après son rendez-vous. Attend. Le retrouve. Elle chamboule toute sa vie pour cet homme qu'elle ne connaît pratiquement pas mais auquel elle se dévoue corps et âme.


Ça avait mal commencé. Irritée par un style syntaxique volontairement condensé, je ne donnais pas cher de ce roman que j'ai sérieusement pensé abandonner en cours de route.
En effet, l'auteure avait pris le parti d'adapter le style syntaxique aux différents personnages. L'héroïne étant, au début du roman, d'un caractère totalement passif et soumis, face à un évènement fulgurant et inattendu, elle panique et est chamboulée. Katherine Pancol décide donc d’accoler toutes ses phrases ensemble, de les séparer de virgules, qu'importe si les sujets ne sont pas les mêmes et si le sens n'est pas forcément intelligible. Je n'ai pas aimé. Et pourtant je partais avec un bon a priori sur la romancière, dont j'adore la saga Cortès. C'est surement pourquoi j'ai persisté dans ma lecture.
Pour la suite, je ne sais pas si c'est moi qui me suis habituée ou l'héroïne qui s'est calmée, mais le style ne m'a plus choqué.
J'ai retrouvé la poésie de Katherine Pancol dans la descriptions des sentiments, le côté invraisemblable de certains faits (mais qu'importe, cela participe à la magie!) et j'ai salué la force de l'auteure de ne pas céder à la facilité des rebondissements théâtraux type Les Feux de l'Amour ("Mais tu es mon pèèèèreeuuuhhh!!!"). Et puis, comment puis-je rester insensible devant un récit qui décrit si bien un des pays que j'aime le plus au monde : l'Islande. Dans chaque description de décor, je m'enfuyais là-bas, je vivais le voyage, je me retrouvais dans mes souvenirs.
Finalement, je ne regrette pas d'avoir surmonté ma première impression et poursuivi ma lecture.

lundi 20 février 2012

La Peau de Chagrin, Honoré de Balzac


Le roman commence par l'errance du héros, Raphaël de Valentin, qui, après avoir perdu son dernier sou au jeu, a l'intention de se jeter d'un pont dans la Seine. Voulant attendre la nuit et son intimité pour ce faire, alors qu'il surplombait le fleuve parisien, il continue son chemin et rentre par hasard chez un antiquaire. Souhaitant s’enivrer la vue de trésors avant son grand saut, il visite les différentes pièces. Dans la dernière, il demande à voir ce qui se trouve dans un coffre fermé. Le vendeur va donc chercher son vieux patron qui montre alors au suicidaire « une peau de chagrin » ayant le pouvoir d’exaucer tous les vœux de son propriétaire : «  Si tu me possèdes, tu posséderas tout, mais ta vie m'appartiendra ». Le vieillard met en garde le jeune homme : chaque désir exaucé fera diminuer la taille de cette peau, symbole de sa vie  : « Le cercle de vos jours, figuré par cette Peau, se resserrera suivant la force et le nombre de vos souhaits, depuis le plus léger jusqu'au plus exorbitant ». Le jeune homme accepte ce pacte diabolique, sans bien mesurer les mises en garde de l'antiquaire et allant même jusqu'à le maudire (au sens propre du terme). Dans un premier temps, Raphaël, finalement conscient du pouvoir de la Peau, ne se préoccupe pas de cet avertissement et en profite pour mener grand train. Mais sa nouvelle vie l'empêche de réaliser sa "grande œuvre" (La Théorie de la volonté), et il finit par tomber malade et glisser lentement vers la déchéance. Réalisant la macabre contre-partie de chacun de ses souhaits, il engage un valet afin qu'il anticipe le moindre de ses désirs, finit par vivre reclus, puis en cure et enfin en retraite éloigné de ses anciennes vies en pleine montagne.

Ce roman cherche à mettre en lumière l'ignorance de l'homme face à sa propension à désirer tout et tout le temps. Le marquis de Valentin n'imaginait pas qu'il était dans sa nature, lui qui avait vécu sous le joug d'un père voulant lui apprendre la valeur d'un sous, d'être aussi matérialiste et surtout qu'il ne pourrait s'empêcher  de vouloir du jour au lendemain. Aussi a-t-il pris l'avertissement du vieil antiquaire à la légère.

Ce roman est également une dénonciation de la place de l'argent, car ce qui achève Raphaël c'est de désirer quelque chose qu'il aurait pu avoir avant même de croiser l'antiquaire ou même de brûler sa vie dans la débauche, si seulement l'argent n'avait pas revêtu une telle importance pour lui...

Balzac pointe également ici la faiblesse et la lâcheté de l'homme qui n'ose dire à Foedora qu'il est sans le sou et qui ne fuit pas ce qui le conduit à sa perte.

Ce livre est le seul que j'ai jamais relu. Ma première lecture doit remonter à la classe de 6e. Je ne me souvenais pas de la construction en flashback du roman, plus précisément le long monologue de Raphaël racontant à son meilleur ami son enfance, sa rencontre avec Pauline, son projet de livre, sa rencontre avec Foedora, ses errances, son envie de suicide et finalement l'obtention de la peau de chagrin... Je ne me souvenais pas non plus qu'il était un peu longuet à se mettre en place... Ce fut tout de même une lecture agréable et il est toujours bon de revoir ses classiques!



mercredi 1 février 2012

Deception Point, Dan Brown


Rachel Sexton est une brillante analyste des services secrets américains mais également, malheureusement pour elle, la fille du probable futur président des Etats-Unis, qu'elle méprise au plus haut point. Bien qu'agent public assez bien placé dans la hiérarchie administrative, elle s'efforce donc de se tenir le plus loin possible de la sphère politique.
Bien entendu, d'autres personnes en ont décidé autrement et Rachel se trouve impliquée dans une opération scientifico-politico-médiatique qui l'emmène trèèèèèèèèèès loin de son bureau : sur le glacier Milne, à proximité du pôle Nord. Et encore, les évènements ne vont pas épargner notre héroïne qui, déjà décontenancée de devoir attester ouvertement de la véracité d'une découverte scientifique majeure, se retrouve au milieu d'une machination mettant sa vie en danger. Heureusement, elle ne se retrouve pas seule...

Comment ne pas comparer Deception Point au Da Vinci Code ou même à Anges et Démons? Même si ce roman se pose dans un tout autre cadre, on est tenté de comparer leur qualité.
Pas mal ma foi. Un petit peu moins envoutant que les deux autres, en tout cas pour moi, car la sphère politique n'a pas la même aura mystique intrigante que le cadre religieux et historique des livres précédents. Pour autant, ce roman nous happe dans la course à la présidence américaine, ses enjeux colossaux et nous fait entrer dans les rouages d'un système bien différent de celui que nous connaissons, ceux des agences fédérales américaines et notamment la NASA. On retrouve, comme dans les autres romans, le thème de la machination, voire de la mystification. Les apparences ne sont pas ce qu'elles semblent être et plus gros est l'éléphant rose, moins on le remarque. Contrairement aux autres, le héros est une femme, aussi est-ce pour cela qu'il y a plus de romance?
Je n'ai malheureusement pas eu le loisir de le lire d'une traite, aussi mon cerveau a profité de ces pauses de lecture pour fonctionner à plein régime afin de dénouer les questions en suspens (preuve s'il en est que ce roman est tout de même bien prenant), notamment l'intrigue finale. Pour autant, cela n'enleva rien à mon plaisir, la conclusion étant quoiqu'il en soit tout à fait savoureuse.
Comme on s'en doute, Deception Point fut loin d'être une déception (désolé, plus fort que moi) et je recommande chaudement.

mardi 3 janvier 2012

Final Appeal, Lisa Scottoline


Grace Rossi refait sa vie après un divorce dont elle ressort mère célibataire embauchée à un poste à mi-temps dans une court d'appel. Elle se retrouve malgré elle affectée à un dossier de peine de mort et cède aux avances subites et ardentes de son Chief Judge.
Dès le début du roman se produit une sorte de renversement du scénario : alors qu'en général la romance naissante de deux protagonistes nous tient en haleine jusqu'au dénouement final, là, l'héroïne couche dès le début avec un homme qu'elle convoite depuis un certain temps (d'après ce que l'on comprend) et il meurt dans la foulée. Les prémices de l'enquête tendent vers un suicide mais Grace n'adhère pas à cette théorie (pas possible vu le taux d'endorphine qu'il devait avoir dans le cerveau suite à leurs ébats torrides dans son bureau) et cherche à démonter cette thèse et trouver qui a pu assassiner l'homme avec lequel elle se voyait déjà refaire sa vie.
Cette lecture, dont le prétexte est de m'exercer à lire en anglais, fut très agréable et divertissante, bien qu'éloignée de la grande littérature.
Lisa Scottoline est une sorte de John Grisham au féminin : plus de sexe, moins de détails juridiques.

lundi 2 janvier 2012

La Peste, Albert Camus


Le Dr Rieux est médecin à Oran, en Algérie française dans les années 1940. Il est marié et son épouse est souffrance, ce qui la pousse à partir se reposer et se soigner loin de la ville où son mari reste pour travailler.
Le docteur prend conscience au fil des jours de la multiplication des morts dues à une maladie violente et foudroyante. Les autres médecins s'en aperçoivent également, reconnaissent les symptômes, mais tous hésitent à prononcer le diagnostic fatidique aux terribles conséquences. Devant la croissance exponentielle du nombre de décès, le corps médical et la préfecture sont néanmoins contraints de mettre un nom sur la maladie et de prendre les décisions qui s'imposent : c'est la peste qui frappe la ville et celle-ci doit être mise en quarantaine.
Ce roman est le récit du quotidien des habitants, leur routine, les conséquences matérielles de la quarantaine comme les restrictions en tout genre, le couvre-feu, l'isolement, ainsi que leur attitude face à leur mort hypothétique et à celle de beaucoup de personnes de leur entourage. Le narrateur transmet la sensation de fatalité et l'abandon au fatalisme des Oranais. Il décrit avec force détails le système mis en place par le Dr Rieux pour isoler les malades, préserver le reste de la population de la contamination par leurs entourages, mais également la gestion "administrative" de la peste : la réquisition des hôpitaux et autres grands bâtiments dans lesquels peuvent être traité les malades, la recherche d'un vaccin et le système mis en place de mise en terre puis d'incinération des dépouilles.
Cette histoire pousse à réfléchir sur la vie, son sens, notre utilité, notre rapport aux autres.
Le personnage de Tarrou permet également à l'auteur de développer sa pensée très engagée sur la peine de mort.
Ce roman n'est pas vraiment une lecture très joyeuse, c'est évident. Ni même agréable, les détails morbides et macabres étant assez nombreux. Pour autant, je me suis attachée aux personnages, au docteur mais également beaucoup à Tarrou, son long passage autobiographique m'ayant beaucoup touchée.

mercredi 28 décembre 2011

Le Vieil Homme et la Mer, Ernest Hemingway




Santiago est un vieux pêcheur que la chance a quitté, ou que la poisse a frappé, selon la vision des choses que l'on adopte. Il fut un grand pêcheur qui attrapa de grandes et majestueuses bêtes. Mais ce temps est révolu et il vit désormais dans une misère certaine. Il enseigne tout ce qu'il sait, malgré lui, à un gamin qui l'a pris en affection, à qui pourtant il ne veut pas transmettre sa malchance. Le jeune homme lui apporte de quoi subsister régulièrement, voyant bien le peu d'argent que le vieux récolte et ses conditions dans lesquelles il vit. Les autres pêcheurs du port connaissent l'histoire de Santiago, ses exploits, mais ne sont pas tendres avec ce qu'il est devenu. Mais, même s'il s'en va travailler également sur d'autres embarcations, le gamin continue à pêcher avec le vieux pêcheur et apprend de son expérience.
Un jour, celui-ci s'en va en mer et un poisson mord à son hameçon. Mais ce dernier est tellement gros que la barque du vieux est trainée au large, si loin que Santiago ne distingue plus la côte de Cuba. S'en suit une lutte de plus de deux jours durant lesquels le vieux discute avec l'espadon, et donc avec lui-même, ne sachant plus très bien s'il rêve ou bien si tout ce qui se déroule est la réalité. Plusieurs fois au bord de l'abandon et de l'évanouissement, le vieux pêcheur développe une grande admiration et un profond respect pour la bête qu'il imagine au fond de l'eau en train de lutter mais ne voulant attaquer l'embarcation.
Ce récit est un prétexte au questionnement intérieur, une métaphore de ce que peut être la vie au milieu d'êtres humains et des valeurs à développer dans l'adversité.
J'ai beaucoup aimé cette lecture, j'ai été totalement absorbée par le vieux et ses interrogations, ses pensées et ses sentiments.


(auteur suicidé)


lundi 5 septembre 2011

1984, George Orwell


Le synopsis

 Dans un monde marqué par des guerres de blocs, Winston Smith vit une existence routinière, travaillant de longues heures au commissariat aux archives du ministère de la vérité pour lequel il falsifie les archives afin de les faire concorder a posteriori avec la réalité, suivant la doctrine du Parti et étant surveillé comme tous ses concitoyens avec des télécrans, sorte de télévisions continuellement allumées qui diffusent des messages d'information (de propagande) du Parti et surveillent en même temps les citoyens.
Dans ce monde, à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale ont éclaté des guerres nucléaires qui ont scindé le monde en trois blocs instaurant des régimes totalitaires : l'Océania (qui correspond approximativement aux pays du Commonwealth), l'Eurasia (l'Europe et la Russie) et l'Estasia (la Chine, l'Inde, la Mongolie et le Japon).
Ces trois blocs sont perpétuellement en guerre, tantôt avec l'un, tantôt avec l'autre, mais sans jamais reconnaître qu'il y a eu un changement d'alliance, et si des annonces de victoires sont régulièrement diffusées, aucune n'est vraiment décisive et aucune avancée significative dans les territoires ennemis n'entraîne la soumission d'un bloc à la faveur d'un autre. On apprendra par la suite que cet état de fait est volontaire et que c'est le moyen que les membres du Parti intérieur ont trouvé pour justifier le régime totalitaire en place, les restriction alimentaires et matérielles, l'absence de liberté d'expression et même de pensée.
Tout comme Winston, les habitants de l'Océania pratique la "double-pensée", technique d'amnésie sélective qui leur permet à la fois de tenir compte (au début de leur raisonnement) de la réalité tout en intégrant en même temps les mensonges du Parti, pourtant contradictoires à l'hypothèse de départ, pour finir par l'assimiler à la vérité.
Tout le monde est surveillé dans cette société, de gigantesque affiches sont disposées dans les rues, prônant la haine de l'ennemi historique, Emmanuel Golstein, et la gloire du héros océanien, Big Brother, à travers une photo de lui, semblant suivre les gens du regard, et sur laquelle est inscrite : BIG BROTHER IS WATCHING YOU.
Lors de quotidiennes minutes de la haine (laps de temps durant lequel les employés se rassemblent devant le télécran pour regarder un spot à la gloire de Big Brother et nourrissant la haine d'Emmanuel Golstein de manière violente), Winston croise Julia, membre du commissariat aux romans et de la ligue anti-sexe des juniors. A partir de cet instant, et à nouveau quand il la verra se dirigeant vers lui dans la rue dans un quartier mal vu et à une heure indue, il commencera à nourrir une crainte à son égard, pensant qu'elle lui veut du mal, le dénoncer à la police de la pensée, car oui, Winston est un ennemi du régime : il ne pratique pas la double-pensée, il se pose de sérieuse question sur la légitimité du régime et rêve à l'idée de pouvoir intégrer la Fraternité, sorte de société secrète luttant contre le Parti.

 Le livre


J'ai appris lors de récente révisions de culture générale, que ce roman est une contre-utopie ou dystopie, c'est -à-dire "un récit de fiction peignant une société imaginaire, organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur, et contre l'avènement de laquelle l'auteur entend mettre en garde le lecteur" (wikipedia), au même titre que Le Meilleur des Mondes d'Aldous Huxley.
En effet, ce roman ayant été écrit en 1948, à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, l'auteur a été fortement marqué par cet évènement et dépeint sa vision très pessimiste d'une société empreinte de ces conflits extrêmes.
La narration suit donc Winston qui se retrouve isolé dans ce monde prônant la haine de l'ennemi et la peur de son voisin. Car en effet, sur simple doute, n'importe qui peut dénoncer son collègue, voisin ou ami, qui se voit inévitablement "vaporisé", c'est à dire qu'il disparaît purement et simplement et grâce à la magie de la double-pensée, personne ne se souvient de lui.
Le héros est d'ailleurs parfaitement réaliste vis-à-vis de son espérance de survie dès l'instant où il se met à douter de sa place dans la société. Cette absence d'espoir rend d'ailleurs l'atmosphère de ce roman étouffant, un malaise s'installe, l'issue de l'histoire semblant inévitable. Et pourtant, on a envie de croire à l'existence d'une fraternité qui révèlera la vérité, les manipulations, qui permettra au peuple de se soulever et de refuser la domination du Parti et de ses brimades.

dimanche 4 septembre 2011

Lettres à Fanny, John Keats




John Keats est devenu poète sur le tard, ayant longtemps hésité avec la médecine.
Les choses de l'amour lui étaient tout d'abord assez étrangères et douteuses. Son coup de foudre pour Fanny Brawne le changea profondément et de manière extrême.
Ces lettres sont issues de la correspondance qu'il eut avec sa fiancée pendant ses derniers mois, touchés par la maladie.
Ces missives illustrent la beauté et la force de l'amour que le poète porte à sa belle, mais aussi le caractère extrêmement possessif de celui-ci. John Keats étant très malade et ne sachant s'il en échappera, celui-ci souhaite voir sa dulcinée cloitrée chez elle, loin de tout autre mâle, on sent l'angoisse derrière la beauté des mots. Le poète évoque aussi la délivrance que lui procurerait une mort qui clôturerait sa vie à son apogée.
Très beau. Très triste.



(auteur mort avant ses 35 ans)